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La BIDC érige l’éducation et la santé en moteurs de transformation

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Longtemps relégués à l’arrière-plan, les secteurs sociaux regagnent leur centralité. En Afrique de l’Ouest, une Institution de Financement du Développement en fait le cœur explicite de son mandat. Avec près de 216 millions de dollars US engagés dans l’éducation et la santé, la Banque d’Investissement et de Développement de la CEDEAO (BIDC) assume une stratégie à rebours des impératifs de rendement immédiat. Elle privilégie l’investissement dans le capital humain comme levier de transformation durable, en phase avec une vision du développement qui conjugue inclusion, résilience et dignité.

Cette inflexion s’inscrit dans le Plan Stratégique 2021-2025 de la BIDC, arrimé à la Vision 2050 de la CEDEAO et aux Objectifs de Développement Durable 3 et 4. Elle répond à des défis considérables : sous-financement chronique, fuite des compétences, inflation des coûts, alors même que la part des dépenses d’éducation et de santé plafonne autour de 4 % du PIB dans la sous-région. À contre-courant de décennies de préférences pour l’infrastructure « visible », la BIDC réoriente l’effort vers le capital humain, condition sine qua non d’une croissance soutenable.

À ce jour, 216 millions de dollars US ont été alloués aux projets sociaux, dont 81,9 millions pour l’éducation et 134 millions pour la santé. Un socle encore modeste au regard des besoins, mais appelé à s’amplifier, selon les engagements du Président de la BIDC, Dr George Agyekum Donkor. L’urgence est documentée : 32 millions d’enfants non scolarisés, environ 500 décès maternels pour 100 000 naissances, une espérance de vie stagnante autour de 61 ans. « On ne développe pas un continent avec des routes et des barrages seulement. Il faut des cerveaux, des compétences, des populations en bonne santé », précise un responsable de la Banque.

Former pour transformer

Sur le volet éducatif, la BIDC concentre son appui là où l’impact est le plus immédiat et pertinent à savoir l’enseignement technique, la formation professionnelle et le supérieur. Autrement dit, les passerelles directes vers l’emploi, la valeur ajoutée et l’industrialisation. Loin d’un modèle strictement élitiste, la Banque finance des centres de formation aux métiers industriels, à la transformation agricole et aux services de santé. Des projets dans le primaire et le secondaire général sont en préparation, notamment en Guinée et au Sénégal, mais la priorité opérationnelle demeure la formation technique, jugée la plus apte à répondre aux tensions du marché du travail. En effet, l’objectif immédiat est de répondre aux besoins de l’économie en formant une main-d’œuvre qualifiée pour l’industrie, le commerce et d’autres secteurs.

Entre 2021 et 2023, 64,2 millions d’unités de compte (UC), soit environ 96 millions de dollars US, y ont été investis, pour un taux d’exécution de 122,9 %, au-delà des cibles fixées. La dynamique a été confirmée en juillet 2024 avec la clôture anticipée d’un emprunt obligataire durable et vert de 70 milliards FCFA (environ 115,7 millions de dollars US), dont près de 11% soit 7,7 milliards FCFA (12,7 millions de dollars US) ont été orientés vers la santé et l’éducation. Le social s’installe ainsi au cœur de l’architecture de financement de la Banque.

L’enjeu est crucial. Dans l’espace CEDEAO, moins de 60 % des enfants achèvent le primaire et huit sur dix ne maîtrisent pas la lecture d’un texte simple à dix ans. L’Afrique, dans son ensemble, n’a réalisé que 44 % des objectifs éducatifs de l’Agenda 2063. Cette pénurie de compétences pèse lourdement sur l’emploi. Au sein de l’UEMOA, le chômage frôle 12 % et plus d’un tiers de la main-d’œuvre demeure en sous-emploi. Face à cette bombe sociale à retardement, la BIDC déploie des réponses concrètes qui vont des infrastructures scolaires aux équipements numériques en passant par la mobilité universitaire et le renforcement des capacités des enseignants, un processus de formation continue visant à améliorer leurs compétences, leurs connaissances et leurs attitudes.

Le Burkina Faso bénéficie ainsi d’une enveloppe de 20 millions UC (30 millions de dollars US) pour l’acquisition de 135 bus universitaires, afin de désengorger les campus et améliorer la mobilité des étudiants dans les villes de Ouagadougou, Bobo-Dioulasso et Koudougou. Au Ghana, la Banque a approuvé, en septembre 2024, un financement de 15 millions de dollars US à KA Technologies pour doter 1,35 million de lycéens et étudiants de tablettes numériques, une première à cette échelle dans la région. En Sierra Léone, elle soutient la construction de l’Université des Sciences et des Technologies de Koidu (32 millions de dollars US) tandis qu’au Sénégal, le projet des Maisons de la Jeunesse et de la Citoyenneté, lancé en 2022 (32,8 milliards FCFA soit 54 millions de dollars US), vise à reconnecter formation, civisme et développement local.

A ce titre, la signature d’un accord de prêt par la BIDC, d’un montant de 50 millions d’euros destiné au financement de la construction et l’équipement de six (6) centres d’enseignement technique et de formation professionnelle (ETFP) par Planet One Education, en République togolaise, a eu lieu en octobre dernier. Ce projet vise à doter la jeunesse togolaise de compétences très recherchées dans divers secteurs d’activité. A terme, 3 480 apprenants par an bénéficieront d’une formation ; ce qui permettra de disposer d’une main-d’œuvre plus productive et plus compétitive.

Maisons de la Jeunesse et de la citoyenneté au Sénégal financée par la BIDC

Accès aux services de soins

Dans les hôpitaux de référence comme dans les centres de santé primaires, la BIDC étend progressivement son empreinte. Son intervention couvre l’ensemble du cycle de vie des infrastructures : construction, réhabilitation, extension, mais aussi les chaines d’approvisionnement pharmaceutique, laboratoires et systèmes de gestion des déchets biomédicaux. L’ambition est double, à savoir renforcer la capacité des systèmes et sécuriser l’accès durable aux soins de qualité.

 

Au Bénin, la Banque a injecté 15 millions UC (22,5 millions de dollars US) dans le Projet d’équipement et de réhabilitation des formations sanitaires (PERFS-B) pour moderniser les hôpitaux et former les techniciens de maintenance médicale. En Côte d’Ivoire, le Projet de réhabilitation et d’équipement des structures sanitaires (20 millions UC ≈ 30 millions de dollars US) s’inscrit dans le cadre d’un programme lancé en 2023 pour remettre à niveau 25 hôpitaux de référence dans le pays.

Au Ghana, la Phase III du projet de réhabilitation de l’hôpital de Bekwai (5,2 millions UC ≈ 7,8 millions de dollars US) modernise les infrastructures régionales et renforce l’accès aux soins de proximité. Et au Togo, l’usine de solutés intraveineux DO Pharma d’Avéta, inaugurée en 2018, avec une capacité de 18 millions de flacons par an, illustre la volonté de sécuriser l’approvisionnement hospitalier et de réduire la dépendance régionale aux importations.

Les défis demeurent considérables. Moins d’un médecin pour 5 000 habitants en Afrique de l’Ouest, seulement 59 % des accouchements assistés par un personnel qualifié, une mortalité maternelle supérieure à 500 décès pour 100 000 naissances, et une mortalité des enfants de moins de 5 ans à 91 %. Ces chiffres représentent plus du double de la moyenne mondiale, malgré des progrès réalisés depuis 2000. Sur la période 2021-2023, le portefeuille santé a enregistré 43,5 millions UC (≈ 65 millions de dollars US) de réalisations ; performance notable dans un environnement marqué par des procédures lourdes et la complexité technique des chantiers hospitaliers. Consciente que les infrastructures ne suffisent pas, la Banque investit aussi dans la formation des professionnels et l’e-santé à travers notamment, des applications variées, comme la télémédecine, la collecte des données, la santé mobile, le suivi des patients et la gestion électroniques des dossiers médicaux, la maintenance et gestion des équipements etc… L’e-santé vise ici à optimiser les résultats des services de santé pour le bien-être des patients et des professionnels.

Matériels sanitaires dans le cadre du Projet d’équipement et de réhabilitation des structures sanitaires de Côte d’Ivoire (PERSCI)

Collaboration partenariale avec les Etats

Pour dérouler ses ambitions, l’approche semble résolument partenariale. La BIDC travaille de concert avec les États Membres de la CEDEAO, les Ministères sectoriels et les Agences spécialisées, tout en ouvrant la voie à des montages et structurations de projets innovants. Les partenariats public-privé (PPP) sont établis lorsque la gestion déléguée d’infrastructures sanitaires peut en améliorer la performance. La Banque coopère également avec des institutions sœurs telles que la BOAD, la BADEA, la BID ou encore la BAD dans des dispositifs de cofinancement de projets. Ces architectures, parfois complexes, exigent des négociations patientes et une coordination rigoureuse. Le défi opérationnel consiste à accélérer sans renoncer ni à la transparence ni à la cohérence, dans des contextes administratifs hétérogènes.

En misant sur l’éducation et la santé, la BIDC fait le choix d’une perspective de long terme face aux urgences car l’investissement dans l’humain structure le potentiel productif, renforce la résilience sociale et soutient la compétitivité régionale. À l’adresse des partenaires techniques et financiers, des institutions et des gouvernements de la sous-région, le message est très clair. C’est par la mutualisation de ses forces que l’Afrique de l’Ouest fera du développement du capital humain un actif stratégique plutôt qu’un slogan. La Banque a engagé le mouvement. Il appartient désormais à l’écosystème de contribuer à le porter à l’échelle.