Home > Entrepreneurs à succès > Entretien – Tsilavo Ranarison CEO de Cart’In

Entretien – Tsilavo Ranarison CEO de Cart’In

///
Comments are Off

Veuillez vous présenter aux opérateurs économiques et à la population.

Je suis Tsilavo Ranarison. Entrepreneur. Africain. Et quelqu’un qui a décidé très tôt que le monde tel qu’il était n’était pas le monde tel qu’il devait être. J’ai grandi avec une conviction que je n’ai jamais abandonnée : le talent ne manque pas en Afrique. Ce qui manque, ce sont les accès — aux marchés, aux outils, aux ressources qui permettent de transformer ce talent en valeur réelle. Toute mon énergie entrepreneuriale a été consacrée à réduire cet écart. Cart’In est l’expression la plus aboutie de cette conviction. Mais avant d’être le CEO d’une entreprise, je suis quelqu’un qui refuse de voir l’injustice d’accès comme une fatalité. C’est ma boussole. Tout le reste en découle.

Pouvez-vous nous parler de votre entreprise, son historique et ce qui a motivé sa création ?

Il y a un moment que des millions d’Africains connaissent par cœur. Vous trouvez un produit sur Amazon. Vous l’ajoutez au panier. Vous entrez votre adresse. Et la plateforme vous répond, froidement : « Livraison non disponible dans votre pays. »

Ce moment-là, je l’ai vécu. Et au lieu de me résigner comme la plupart, je me suis posé une question différente : pourquoi personne n’a encore résolu ce problème sérieusement ?

La réponse était simple : parce que le résoudre vraiment — pas bricoler une solution de contournement, mais construire un système fiable, légal, scalable — demandait un niveau d’investissement et d’ambition que peu d’acteurs étaient prêts à assumer. Nous avons fondé Cart’In en 2023, depuis Madagascar, avec une vision panafricaine dès le premier jour. Nous avons obtenu le statut de Revendeur Officiel Amazon — une certification documentée qui nous engage à des standards internationaux stricts, et qui garantit à chacun de nos clients qu’il commande dans un cadre légal et sécurisé, avec toutes les protections qui en découlent. Aujourd’hui, Cart’In est présent en Côte d’Ivoire, à Madagascar, à Djibouti, à La Réunion, à Maurice, en Guadeloupe et en Martinique. Plus de 250 000 clients nous font confiance. Plus de 800 000 colis ont été livrés. Ces chiffres ne me rendent pas fier parce qu’ils sont grands — ils me rendent fier parce que chacun d’eux représente quelqu’un qui a accédé à quelque chose qui lui était auparavant refusé.

Quelle est la vision et la politique de votre entreprise pour la Côte d’Ivoire ?

La Côte d’Ivoire est un marché qui me parle profondément — pas seulement parce que c’est l’un des plus dynamiques d’Afrique de l’Ouest, mais parce qu’elle incarne exactement la tension que Cart’In est né pour résoudre : une ambition économique de premier plan, une énergie entrepreneuriale exceptionnelle, et des barrières d’accès aux ressources mondiales qui ne sont pas à la hauteur de cette ambition. L’entrepreneur ivoirien mérite les mêmes outils que son concurrent européen. Le consommateur ivoirien mérite la même expérience d’achat que le consommateur parisien — sans friction, sans mauvaise surprise, sans avoir le sentiment d’être traité comme un citoyen de seconde zone du commerce mondial. Concrètement, nous livrons à domicile partout en Côte d’Ivoire et disposons d’un réseau de points relais pour ceux qui préfèrent récupérer leurs commandes à leur convenance. Notre prix est annoncé en totalité avant validation : article, transport international, formalités douanières, livraison locale. Rien n’est caché. Rien n’est ajouté après. Ce n’est pas un service. C’est une promesse.

Quels sont les grands chantiers de votre entreprise et les services en 2025 ?

2025 est l’année où Cart’In, en plus d’être une promesse, est aussi devenu une infrastructure.

Notre chantier le plus structurant est notre plateforme logistique propre, implantée à Paris. C’est depuis ce hub, au cœur du principal nœud aérien desservant l’Afrique, que nous orchestrons l’intégralité de nos flux : réception des commandes Amazon, consolidation, gestion des formalités douanières, expédition vers chaque pays. Internaliser cette étape est un choix délibéré. C’est ce qui nous permet de contrôler la qualité, les délais, et l’expérience client de A à Z. Pour une entreprise africaine, disposer de sa propre infrastructure au cœur de l’Europe, c’est un acte fondateur. Sur le plan technologique, notre application mobile et notre extension de navigateur permettent à nos clients de vivre une expérience d’achat identique à celle d’un consommateur européen : navigation sur Amazon, validation, paiement en devise locale, suivi en temps réel. Zéro friction. Zéro complexité ajoutée. Nous structurons par ailleurs une offre dédiée aux PME et PMI — parce que les professionnels ont des besoins spécifiques que notre modèle doit adresser avec la même rigueur que pour les particuliers.

Quelle est votre vision de la relation Afrique – Europe ?

La relation Afrique-Europe a été, pendant trop longtemps, une relation de consommation à sens unique. L’Afrique consommait ce que l’Europe produisait, aux conditions que l’Europe fixait, à travers des circuits que l’Europe contrôlait. Je ne dis pas cela avec amertume. Je le dis avec lucidité — parce que changer une réalité exige d’abord de la nommer clairement.

Notre plateforme à Paris symbolise quelque chose de précis : une entreprise africaine qui opère au cœur de l’Europe, sur ses propres termes, et sa propre infrastructure. Ce n’est plus l’Afrique qui frappe à la porte de l’Europe. C’est l’Afrique qui s’y installe pour mieux servir les siens.

La relation Afrique-Europe que j’appelle de mes vœux est une relation d’égal à égal, fondée sur des échanges réciproques et un respect mutuel des marchés et des acteurs. Cart’In en pose les fondations — concrètement, commercialement, et symboliquement.

 

Quel bilan faites-vous de vos activités en 2025 ?

Le bilan 2025 est celui d’une entreprise qui a tenu sa parole. Les chiffres sont là — 250 000 clients, 800 000 colis livrés, une plateforme Paris à sa vitesse de croisière — mais ce ne sont pas ça qui m’importent le plus. Ce qui m’importe, c’est le taux de fidélité. Un client qui revient, c’est un client qui a reçu exactement ce que nous lui avions promis. Dans notre secteur, où la méfiance est souvent la première réaction du consommateur, la fidélité est la vraie mesure du succès. 2025 a également confirmé quelque chose que nous savions intuitivement mais que les données rendent désormais indiscutable : le besoin que Cart’In adresse est massif, structurel, et très loin d’être saturé. Nous sommes au début de quelque chose de grand.

Les PME et PMI africaines jouent un rôle croissant dans le développement local. Quelles sont les conditions pour qu’elles deviennent de véritables partenaires économiques des entreprises européennes ?

Permettez-moi d’aller droit au but. Les PME africaines ne deviendront pas de véritables partenaires des entreprises européennes en attendant que les conditions changent. Les conditions changent quand vous les changez vous-même.

Premier impératif : l’équipement. On ne se bat pas à armes égales si on s’approvisionne avec des outils de seconde catégorie achetés à prix d’or. Cart’In permet aux PME ivoiriennes de s’équiper sur Amazon dans les mêmes conditions tarifaires qu’une entreprise européenne. C’est un rééquilibrage immédiat et concret des conditions de la compétition.

Deuxième impératif : la formalisation. Les partenaires internationaux font confiance aux structures, pas aux individus. Une PME africaine traçable, gouvernée selon des standards rigoureux, qui parle le langage juridique et commercial international — celle-là ouvre des portes que les autres ne verront jamais s’entrouvrir.

Troisième impératif : l’audace. Pas l’arrogance — l’audace. Celle de se positionner comme un partenaire à part entière, pas comme un sous-traitant qui attend d’être choisi. Les meilleures opportunités de partenariat Afrique-Europe ne seront pas offertes aux PME africaines. Elles seront conquises par elles.

Quelles sont les grandes innovations de votre entreprise ces dernières années ?

L’innovation de Cart’In n’est pas dans un seul produit ou une seule fonctionnalité. Elle est dans l’architecture d’ensemble d’un système que personne n’avait construit avant nous avec ce niveau d’exigence. Avant Cart’In, accéder à Amazon depuis l’Afrique signifiait naviguer dans un labyrinthe : trouver un intermédiaire de confiance, négocier les frais, espérer que la douane ne bloque pas la livraison, espérer recevoir exactement ce qui avait été commandé. C’était une loterie permanente. Nous en avons fait une certitude. Technologiquement, notre application mobile et notre extension de navigateur éliminent toute friction : l’utilisateur navigue sur Amazon comme d’habitude, valide — et Cart’In prend le relais pour l’intégralité de la chaîne. Ce qui se passe entre le clic et la livraison est entièrement invisible pour le client. Et c’est précisément là que réside notre savoir-faire. L’innovation que je considère comme la plus fondamentale reste cependant notre modèle de prix tout compris. Dans un secteur structurellement opaque, afficher un prix final avant que le client valide est un acte de transparence radical — et le premier acte de confiance que nous posons envers chaque nouveau client.

 

Comment Cart’In protège-t-il le consommateur contre les risques liés aux achats en ligne internationaux ?

La méfiance des consommateurs africains vis-à-vis des achats en ligne internationaux n’est pas irrationnelle. Elle a été gagnée à la dure, au fil d’expériences douloureuses : arnaques répétées, produits jamais reçus, frais de douane explosifs à la livraison, service après-vente inexistant. Nous n’avons pas cherché à convaincre nos clients de nous faire confiance à l’aveugle. Nous avons construit un système dans lequel il n’est pas nécessaire de le faire.

Nous ne demandons pas à nos clients de nous faire confiance. Nous leur donnons les moyens de vérifier.

Notre statut de Revendeur Officiel Amazon ancre chaque transaction dans un cadre légal vérifiable par quiconque. Notre prix annoncé est le prix final — aucun frais ne s’ajoute après validation. Notre politique de garantie et de retour protège l’acheteur bien après la livraison. Et notre suivi en temps réel donne à chaque client une visibilité totale sur sa commande, à chaque étape. 800 000 colis livrés. Ce chiffre est notre meilleur argument. Pas parce qu’il est grand — parce qu’il est réel.

Qu’est-ce qui fait la particularité de Cart’In par rapport aux autres ?

Je pourrais vous lister des attributs. Je préfère vous dire une vérité. Il existe des dizaines d’acteurs qui prétendent faire ce que nous faisons. La différence avec Cart’In ne tient pas à une fonctionnalité supplémentaire ou à un prix légèrement meilleur. Elle tient à quelque chose de plus fondamental : nous sommes le seul acteur qui combine, dans une seule offre, la légitimité d’un Revendeur Officiel Amazon, la maîtrise opérationnelle d’une infrastructure logistique propre à Paris, et la compréhension intime des marchés africains que seule une entreprise née et construite en Afrique peut avoir.

Nos concurrents opèrent dans les marges du système. Nous sommes le système.

Mais ce qui nous distingue vraiment, au-delà de tout attribut technique ou commercial, c’est une obsession que nous n’avons jamais abandonnée depuis le premier jour : que chaque client reçoive exactement ce qu’il a commandé, au prix annoncé, dans les délais convenus.

Nous ne vendons pas du rêve. Nous le livrons.

Quelles sont les grandes lignes d’actions de votre entreprise pour les années à venir ?

Notre ambition est simple à formuler et immense à réaliser : partout où Amazon ne livre pas directement, Cart’In sera là. Cette phrase n’est pas un slogan. C’est une feuille de route. Elle dit que nous ne sommes pas une entreprise africaine qui livre en Afrique. Nous sommes une entreprise qui résout un problème universel — l’exclusion de millions de consommateurs du commerce mondial — et qui le résout partout où ce problème existe. L’Afrique est notre cœur. Les Antilles, La Réunion, Maurice sont nos premières preuves que le modèle fonctionne au-delà du plateau continental. D’autres territoires suivront, sur d’autres continents. Mais au-delà des marchés et des chiffres, ce que nous construisons est un précédent. La preuve qu’une entreprise africaine peut opérer à l’échelle mondiale, avec des standards mondiaux, et gagner. Ce précédent, nous le portons comme une responsabilité — envers nos clients, envers nos partenaires, et envers la génération d’entrepreneurs africains qui vient derrière nous.

Un message à vos partenaires, aux opérateurs économiques et à la jeunesse qui veut se lancer dans l’entrepreneuriat.

Aux opérateurs économiques et à nos partenaires : ce que nous avons construit n’appartient pas qu’à Cart’In. Ça vous appartient aussi, parce que c’est pour vous que nous l’avons bâti. Si votre entreprise a des besoins auxquels Amazon peut répondre — équipements, technologie, fournitures, matériel — nous sommes là. Pas comme un service parmi d’autres. Comme un partenaire stratégique. Construisons ensemble. À la jeunesse africaine, je veux dire quelque chose que personne ne dit assez. Le problème qui vous frustre — celui que vous voyez chaque jour autour de vous et que vous pensez trop grand pour vous — ce problème est votre patrimoine. Parce que si vous le résolvez, vous créez de la valeur pour des millions de personnes. Cart’In est né d’une frustration. Une frustration banale, partagée par des centaines de millions de personnes, que tout le monde avait fini par accepter comme une fatalité. Nous ne l’avons pas acceptée.

Refusez la résignation. Construisez avec rigueur. Et rappelez-vous que les plus grandes entreprises du monde ne sont pas nées de grandes idées — elles sont nées de problèmes que quelqu’un a refusé de continuer à subir.

L’Afrique n’attend plus. Elle construit. Soyez de ceux qui bâtissent.