Pouvez-vous vous présenter ainsi que l’activité de data354 aux opérateurs économiques et à la population ?
« L’Afrique ne manque pas de données. Elle manque encore de leur pouvoir. »
Je suis Philippe Moh, Directeur Général de data354, une entreprise spécialisée dans la digitalisation et la transformation des organisations par la donnée. Mon parcours s’est construit à la croisée du business, de la technologie notamment autour de la MedTech, de la digitalisation et de l’intelligence artificielle et de la stratégie, avec des expériences en Amérique du Nord, en Europe, en Asie et en Afrique. Une conviction profonde guide mon action : au XXIe siècle, la compétitivité des entreprises et la souveraineté des États reposent sur leur capacité à exploiter intelligemment les données qu’ils génèrent et à en assurer la gouvernance. C’est à travers data354 que je porte cette ambition : contribuer à faire émerger une Côte d’Ivoire et au-delà, une Afrique qui ne se contente plus de
consommer la technologie, mais qui innove, produit ses propres solutions et s’en saisit comme d’un levier de création de valeur et de puissance économique.
Quelle est la genèse de data354 ? Qu’est-ce qui a motivé sa création ?
data354 est née d’un paradoxe fondamental : l’Afrique est un continent d’une richesse considérable en matière de données, et pourtant celles-ci demeurent largement sous-exploitées dans leur valorisation stratégique. Depuis sa création, notre mission est précisément de transformer ce potentiel en avantage compétitif concret, en accompagnant entreprises et institutions publiques sur l’ensemble de la chaîne de valeur de la donnée de l’ingénierie et de l’analyse jusqu’à l’intelligence artificielle. Nous avons fait un choix structurant : développer une expertise locale, ancrée dans les réalités du terrain, mais rigoureusement alignée sur les standards techniques et les normes internationales. Aujourd’hui, data354 n’est pas simplement un prestataire de services. Nous sommes un partenaire de transformation, qui permet aux organisations de passer d’une logique d’intuition à une logique de décision éclairée.

Quelle est la vision de data354 pour la Côte d’Ivoire, et comment se traduit-elle concrètement dans votre politique d’entreprise ?
La Côte d’Ivoire se trouve à un moment charnière de son développement : dynamique, ambitieuse, portée par une transformation digitale en accélération. Notre vision est d’y contribuer de manière déterminante en faisant de ce pays un hub régional en matière de data et d’intelligence artificielle. Pour ce faire, nous déployons une stratégie articulée autour de trois axes complémentaires. Le premier consiste à accompagner les entreprises dans leur transition vers des modèles véritablement data-driven. Le deuxième est un investissement fort dans le capital humain local, que nous considérons comme le socle de toute transformation durable. Le troisième axe est celui de la co-construction : travailler main dans la main avec les acteurs publics et privés sur des projets à fort impact. Nous ne sommes pas dans une logique d’intervention ponctuelle. Nous sommes dans une dynamique de long terme, celle de la construction d’un écosystème.
Quels sont les grands chantiers et priorités de data354 pour l’année 2026 ?
2026 marque une phase d’accélération pour data354. Nos efforts sont concentrés sur le déploiement de solutions en intelligence artificielle adaptées aux réalités africaines, avec un objectif clair : améliorer la prise de décision, optimiser les performances des organisations et créer de nouveaux relais de croissance. En parallèle, nous renforçons nos compétences en data engineering et en analytics, tout en développant des partenariats académiques pour répondre à un enjeu que nous considérons comme critique : le déficit de talents qualifiés sur le continent. Enfin, nous structurons des partenariats stratégiques locaux et internationaux pour amplifier notre impact et asseoir le positionnement de data354 comme acteur de référence, en Côte d’Ivoire comme à l’échelle continentale.
Comment percevez-vous l’évolution de la relation entre l’Afrique et l’Europe, notamment dans les domaines de la data et de l’IA ?
La relation Afrique-Europe doit entrer dans une nouvelle ère, une ère où l’Afrique n’est plus simplement un marché à adresser, mais un partenaire stratégique à part entière. Dans les domaines de la data et de l’intelligence artificielle, cette relation peut constituer un accélérateur puissant, à condition qu’elle repose sur un équilibre réel : co-investissement, transfert de compétences effectif, et reconnaissance pleine du savoir-faire africain. L’enjeu est de passer d’une logique de dépendance à une logique d’alliance véritable. Car l’avenir n’appartiendra pas à ceux qui collaborent le plus, mais à ceux qui collaborent intelligemment. Et l’Afrique dispose désormais des atouts pour être un acteur central de cette transformation.

Un mot sur le bilan de data354 en 2025 ?
2025 a été une année globalement positive, malgré une conjoncture internationale exigeante. Elle restera surtout marquée par un tournant hautement symbolique et stratégique : la reprise de notre maison mère par SaHAnalytics International, une entreprise ivoirienne. Le rachat d’une entreprise française par une entreprise africaine — voilà qui illustre, concrètement, le changement de paradigme que nous appelons de nos vœux. Depuis cette reprise, data354 a engagé une profonde transformation interne et une diversification de son offre de services, tout en poursuivant ses missions auprès de ses partenaires et clients dans des secteurs aussi variés que le climat, l’environnement, la santé, la fintech et les télécommunications. Nous avons également renforcé notre rôle d’acteur central de l’OpenData, et approfondi nos collaborations avec des instances internationales telles que DigitalAfrica et son initiative AI4Africa.






