De la dissolution-fusion de l’Agence Nationale de la Salubrité Urbaine (Anasur) et du Fonds de Financement des Programmes de Salubrité Urbaine (Ffpsu) à l’Agence Nationale de Gestion des Déchets (Anaged), qu’est-ce qui change en matière de politique nationale d’assainissement du cadre de vie ?
En vue d’assurer une gestion optimale de la filière des déchets en Côte d’Ivoire, le gouvernement a procédé à une réforme institutionnelle qui a conduit à la dissolution-fusion de l’Agence nationale de la salubrité urbaine (Anasur) et du Fonds de financement des programmes de salubrité urbaine (Ffpsu). De cette réforme est née l’Agence nationale de gestion des déchets (Aanaged), qui a en charge la régulation et le financement de la filière de tous types de déchets en Côte d’Ivoire, à l’exclusion des déchets dits dangereux, ainsi que des déchets médicaux.
En outre, l’État de Côte d’Ivoire a concédé le service public de nettoiement et de collecte des ordures à deux structures internationales retenues à l’issue d’un appel d’offre international. Il s’agit de Eco Eburnie, filiale nationale de l’entreprise portugaise Mota Engil et Ecoti.SA, un groupement d’opérateurs tunisiens et ivoiriens.
A cela, s’ajoute la construction d’infrastructures modernes de traitement et de valorisation des déchets, notamment les Centres de Transfert (CT) d’Anguédédou et le Centre de Valorisation et d’Enfouissement Technique de Kossihouen (Cvet), géré par l’opérateur international, Clean Eburnie. Ces nouvelles infrastructures ont donc entrainé la fermeture de la décharge d’Akouédo qui, aujourd’hui, ne respecte plus les normes environnementales.
Ainsi, la mise en œuvre de cette nouvelle politique de gestion des déchets répondant aux normes internationales a pour conséquence l’amélioration du cadre de vie des populations du district autonome d’Abidjan et celui des autres villes de la Côte d’Ivoire.
Deux nouveaux opérateurs ont été désignés pour assurer la propreté de la ville d’Abidjan. Quel type de relations ont-ils avec l’Anaged ?
La société Ecoti SA assure le service de propreté des communes d’Abobo, d’Anyama, de Bingerville, de Cocody et du Plateau. Eco Eburnie intervient dans les communes d’Adjamé, Attécoubé, Yopougon, Songon, Koumassi, Marcory, Port-Bouet et Treichville. Ces deux opérateurs se chargent du nettoiement qui comprend le balayage, le curage des caniveaux et le désherbage. Ils assurent également la collecte, le transport, le tri et la valorisation des déchets.
L’Anaged, dans sa mission principale d’organe de régulation, assure le suivi, le contrôle et l’évaluation de leurs prestations. Nous avons avec les opérateurs, des relations de collaboration afin de leur permettre d’exécuter les opérations selon les dispositions contenues dans le cahier des charges de la convention qui les lie à l’État de Côte d’Ivoire. Dans ce cadre, des réunions hebdomadaires sont organisées avec les opérateurs, les collectivités afin d’identifier les difficultés rencontrées sur le terrain et de les résoudre.
Que deviennent les anciens acteurs de la filière des déchets en Côte d’Ivoire ?
Il faut d’abord rendre hommage à ces entreprises qui, avec des moyens rudimentaires, se sont tant bien que mal acquittées de cette noble mission. Vous le savez aussi bien que moi, la salubrité requiert d’importantes ressources financières ainsi qu’une expertise avérée.
C’est pourquoi, l’État, à travers le ministère de l’Assainissement et de la Salubrité (Minass), a lancé un appel d’offre international qui a permis de recruter des entreprises (Ecoti.SA et Eco Eburnie), ayant une expertise éprouvée en matière de gestion des déchets, des moyens logistiques adaptés et des financements pour résoudre les épineuses questions auxquelles les prestataires locaux étaient confrontés.
Il est également important de préciser que les dettes des opérateurs locaux ont été apurées dans leur intégralité. Aussi faut-il remarquer que, conformément au cahier des charges de la convention actuelle qui lie l’État de Côte d’Ivoire à ces deux opérateurs internationaux, de nombreux opérateurs locaux sous-traitent aujourd’hui avec eux. Ils ne sont donc pas laissés pour compte et certains parmi eux seront, dans un avenir proche, redéployés à l’intérieur du pays.
Après deux mois d’activité de ces deux nouveaux opérateurs sur le terrain, Eco Eburnie et Ecoti Sa, quel bilan faites-vous de leurs prestations ?
Nous pouvons dire que le processus de modernisation de gestion des déchets est lancé et est en marche. Nous avons commencé par un déploiement progressif le 2 novembre 2018, et depuis le 15 décembre 2018, nous sommes à un taux de couverture de 100 % des communes du district autonome d’Abidjan (13 communes) avec des moyens logistiques adaptés.
Nous avons, dans les différents quartiers, le déploiement de véhicules et d’engins neufs et modernes pour la collecte et le transport des déchets ; un service de nettoiement modernisé avec l’utilisation de balayeuses mécaniques ; l’installation de corbeilles et de bacs à ordures sur les artères des communes. Nous avons aménagé des plateformes en béton armé sur lesquelles sont posés désormais les coffres.
Il y a donc une amélioration de la collecte des déchets solides, ménagers et assimilés (Dsma) qui est passée d’une moyenne de 3100 tonnes par jour avec les anciens opérateurs à 3800 tonnes par jour avec les deux nouveaux opérateurs Eco Eburnie et Ecoti SA, soit une hausse de près de 22.5%. A ce rythme, nous atteindrons une collecte annuelle de 1 400 000 tonnes en 2019.
On note aussi que le ramassage des déchets solides ménagers et assimilés s’effectuait, depuis 2011, de façon quotidienne avec un taux moyen de 64% de collecte prioritairement pendant la nuit et 36 % la journée. Depuis la mise en œuvre de la réforme avec les nouveaux opérateurs, le taux de collecte nocturne est de 75% et 25% la journée. Ce qui nous amène à une rotation journalière de deux sorties des déchets solides, ménagers et assimilés par les populations.
Ainsi, nous avons près de 350 à 400 camions de collecte des Dsma qui sillonnent les artères des communes du district autonome d’Abidjan. Ajouté à cela, la mise en exploitation de Centres de Transfert et du nouveau Centre de valorisation et d’enfouissement technique de Kossihouen, dans la commune de Songon. Aujourd’hui, nous constatons qu’Abidjan présente une fière allure et des efforts sont davantage fournis pour améliorer le service de nettoiement.
Par le passé, le manque de financement a constitué un frein aux opérations de salubrité. Avez-vous aujourd’hui les ressources nécessaires pour conduire la nouvelle politique de gestion des déchets et rémunérer ces nouveaux opérateurs ?
L’État respectera ses engagements vis-à-vis de ces entreprises. Cela requiert d’énormes ressources et la facture s’élève à environ 66 milliards de Fcfa. C’est pourquoi, la nouvelle politique de gestion des déchets met un accent particulier sur l’économie circulaire à travers le tri et la valorisation, afin de tirer dans un avenir proche des ressources additionnelles issues des produits dérivés que sont les biogaz, le compost, etc.
Quelle est votre stratégie de communication pour faire adopter par les populations du district d’Abidjan le nouveau mode de collecte des ordures ménagères ?
Au vu des enjeux de la nouvelle politique de gestion des déchets, notre stratégie de communication s’articule autour de deux axes : la communication média et la communication de proximité.
Au niveau de la communication média, l’Anaged a organisé des campagnes de sensibilisation à travers les médias. Des capsules et des communiqués sont diffusés régulièrement sur les radios de proximité afin d’amener les populations à renouer avec les bonnes pratiques de propreté. Nous participons également à plusieurs émissions télévisées dont matin bonheur et le débat de RTI 1. Nous avons accentué notre présence sur les réseaux sociaux à travers la diffusion de messages de sensibilisation.
Une campagne d’affichage a permis de sensibiliser les populations à la nouvelle politique de gestion des déchets et les horaires de sortie des déchets par les ménages.
Dans le cadre de la communication de proximité (Communication pour le changement de comportement qui est un axe important du plan d’actions de l’Anaged), plusieurs actions ont été menées en collaboration avec des Ong dans des gares routières, marchés et dans des établissements scolaires.
Pour l’année 2019, plusieurs autres opérations de sensibilisation de proximité sont prévues à l’intention des populations, en général, et en particulier des enfants. Il s’agira d’organiser des manifestations ludiques et éducatives portant sur les questions liées à l’hygiène et à la salubrité.
Les médias classiques que sont la télévision, la radio, la presse écrite, l’affichage, etc., seront aussi mis à contribution pour mieux atteindre les cibles. Il est également prévu un concours de propreté dans les quartiers, des focus groupes afin de les impliquer dans la gestion de leur cadre de vie.
A cet effet, une caravane ludique et éducative sera lancée et portera sur l’initiation au Tri sélectif des déchets ; la fabrication des objets à partir des produits recyclés ; un concours de poème et chant portant sur la thématique : La propreté, ma devise, tout comme un concours de dessins sur la propreté, meubleront cette caravane. L’Anaged, dans sa mission de régulation, continuera de collaborer avec les Organisations de la société civile pour renforcer leurs actions sur le terrain.
Toutes ces initiatives justifient l’importance du volet communication dans les actions de l’Anaged afin de faire adopter aux populations des éco gestes. Car, l’on ne peut pérenniser la propreté, la salubrité sans une reconversion des mentalités et des comportements. S’éduquer en s’amusant, tel sera le crédo de l’agence.